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Bien accueillir les étudiants Averroès

A Montpellier, l’UM2 a mis en place avec les autres universités de la ville un accueil mutualisé d’excellence. Objectif : donner aux étudiants Averroès les meilleures conditions pour réussir leur séjour et leurs études…

Ils sont venus d’Algérie, du Maroc ou de Tunisie, vivre l’aventure euro-péenne. Derrière eux, ils ont laissé famille et amis…
Pour accueillir ces jeunes étudiants dans les meilleures conditions, le programme Averroès a fait de Montpellier un site pilote, en mutualisant l’accueil et le suivi pour les universités accueillantes (Université Montpellier 1, 2 et 3, et Montpellier SupAgro).
« L’accueil, ça commence dès l’arrivée à Montpellier, dit Ambar Gonzalez Bouab : aller chercher l’étudiant à l’aéroport ou à la gare, l’amener à son logement en résidence universitaire, lui apporter les informations essentielles du quotidien (transports, alimentation…), lui présenter d’autres étudiants étrangers arrivés avant lui, et lui donner rendez-vous le lendemain à l’université. Là, lui permettre de téléphoner à sa famille pour la rassurer, avant de passer aux démarches administratives… »

La cellule d’accueil mutualisé offre encore beaucoup d’autres presta-tions : suivi pédagogique, cours de français, aide dans les démarches administratives, visite du campus et de la ville, excursions ou sorties

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thématiques dans la région ou encore diffusion d’un journal des loisirs et des sorties culturelles spécialement destiné aux étudiants Averroès…

Kit de survie
Dernière mesure en date : dès l’arrivée à Montpellier, l’équipe remet désormais à chaque étudiant un « Kit de survie » destiné à faciliter les tout premiers jours dans son nouvel environnement. Cette sacoche comporte les objets utiles du quotidien que l’on ne pense pas forcément à emporter : produits alimentaires de base, pansements et premiers soins,...

Un programme pionnier pour l’accueil des étrangers

Dès le lancement du programme en 2008, l’équipe Averroès s’est engagée dans une démarche singulière, qui vise une très haute qualité d’accueil.
Les bénéficiaires de bourses Averroès sont accompagnés sur tous les plans : pédagogique, linguistique, psychologique, social et culturel.

Les objectifs de la cellule accueil :
 • un accueil de très haute qualité à l’arrivée
 • un suivi personnalisé tout au long du séjour
 • une réussite académique de 100% et des étudiants satisfaits

Centre ressources autisme à Tlemcen

L’espoir des familles

A Tlemcen, le Centre ressources autisme n’a pas encore ouvert ses portes. Mais désormais, les familles des enfants autistes ne sont plus seules… Retour sur un échange universitaire qui a fait naître l’espoir.

Janvier 2010 : 6 étudiants en psychologie de Tlemcen reviennent d’un séjour d’études à Montpellier. Dans le cadre du programme Averroès, ils y ont suivi 6 mois de formation sur l’autisme. Djawad Zendagui, responsable aux relations internationales de l’Université de Tlemcen, a contribué à cet échange. Mais pour lui, l’événement dépasse de loin le cadre professionnel. Il a changé sa vie…

Progrès spectaculaires
« Il y a eu un avant et un après », dit ce papa qui parle très simplement de la difficulté d’élever un enfant autiste. Un enfant qu’il faut « surveiller, ne jamais lâcher des yeux ; parce qu’il n’a aucun repère… » Quand la maladie de son fils Ahmed est découverte, celui-ci a déjà 2 ans et demi. L’avenir est sombre : il n’y a sur place aucune structure adaptée, aucun personnel formé. 3 ans plus tard, tout a changé : « Ahmed progresse. Il sort de sa bulle » dit Djawad.
Les progrès sont parfois spectaculaires. Djawad se souvient d’un jour particulièrement marquant : « j’étais en réunion de travail. Mon portable n’arrêtait pas de sonner, j’ai fini par décrocher. A l’autre bout du fil, ma femme était en pleurs : "il s’est passé quelque chose d’extraordinaire", m’a-t-elle dit. Ahmed était allé aux toilettes tout seul. Pour la première fois de sa vie. C’était le 1er mai 2010. »
Pour Djawad comme pour d’autres parents, le retour à Tlemcen des psychologues du programme Averroès, c’est une révolution. La possibilité de placer les enfants en crèche : celle de se libérer un peu du lourd fardeau quotidien. La possibilité aussi d’aider son enfant au quotidien, grâce aux conseils pratiques apportés par les psychologues. « Il faut impliquer les parents dans le processus thérapeutique, c’est très important ! » dit Sarah Bendiouis.

« Le paradis des enfants » : la crèche de Tlemcen et sa directrice, Naima Hadj Kedour.

En crèche avec les enfants « ordinaires »
Cette jeune psychologue faisait partie du séjour Montpellier. Dès son retour en Algérie, Master de psychologie en poche, elle ouvre un cabinet privé. Le service de pédopsychiatrie du CHU de Tlemcen lui demande alors d’animer une formation sur le dépistage de l’autisme. « J’avais acquis des outils de travail très concrets grâce à mon stage au Centre Ressources Autisme de Montpellier. Avec les équipes médicales de Tlemcen, on a mis en place les grilles nécessaires pour travailler en réseau ».
A la crèche, les petits autistes côtoient des enfants « ordinaires ». Il y a quelques mois à peine, faute de

structures adaptées, Ahmed, Nour, Djamel, Islam, Amira et les autres auraient été « abandonnés à leur sort » dit Djawad. Aujourd’hui, grâce à Sarah et à ses collègues, ces enfants différents peuvent préparer ici leur scolarisation.
Autour de Djawad, les parents viennent de créer « Association Autisme Tlemcen » : 15 familles qui souhaitent s’impliquer dans la gestion du futur Centre ressources autisme de Tlemcen, dont les locaux sont en rénovation. Car si pour ces parents le présent est devenu plus facile à vivre, c’est quelque chose de plus important encore qui se dessine aujourd’hui : quelque chose comme un futur possible.

« Liberté de parler et de travailler »

21 janvier 2011
Au départ, un pays, la Tunisie. Une patrie qui a changé de visage en leur absence, en seulement quelques jours. Pour ces étudiants qui vivent en France un séjour d’études Averroès, quelles perspectives, quels espoirs ? Fragments d’une rencontre pour parler simplement de ce qui se passe, de l’autre côté de la Méditerranée…

Programme Averroès : vous vivez à distance la Révolution de jasmin. A quel point vous sentez-vous touchés, concernés ? Quelles sont vos attentes ?

Amel : je suis l’actualité à la minute près ! On est au courant de tout grâce à Internet, à Facebook… Il faut maintenir la pression de la rue : une manifestation par semaine. Mais il y aura des élections : on le sait, alors il faut être patient, ne rien précipiter.

Souhir : j’étais en Tunisie jusqu’au 17 décembre. Depuis les événements, c’est devenu très difficile pour moi de trouver le sommeil : tous ces morts, tous ces décès, je les vois en rêve… C’est une situation terrible, choquante ; on a parfois l’impression d’entendre parler de Gaza, en Palestine. Ce qu’on attend aujourd’hui ? Retrouver le calme, et une économie en état de marche.

Sami : je ne suis pas d’accord pour être patient ! Il faut déraciner ce gouvernement, qui comprend pour moitié des personnalités de l’ancien régime.

Ibtihel : la colère couvait depuis longtemps. Le peuple tunisien s’est longtemps tu, tout en étant conscient de la situation. Il a suffi qu’une étincelle mette le feu aux poudres… Mais j’ai bon espoir, même s’il y a en Tunisie un très grand manque en matière de culture politique. On n’a pas l’habitude de parler de politique. On se sentait espionné. On évitait même de prononcer le nom de Ben Ali…

Aïcha : on évitait de penser le nom de Ben Ali ! (rire général)

Mouna : je ne suis pas spécialiste en politique. Mais je sais qu’il y aura des élections en septembre, qu’on choisira le candidat qui nous conviendra… et qu’on n’a nul besoin d’un intégriste comme Rached Ghannouchi, ni d’une copie de Ben Ali. On a besoin de quelqu’un qui nous comprenne : la population tunisienne est jeune, elle a besoin d’emploi, de moyens d’existence. Et surtout que cesse la corruption, la cooptation dans les études, dans l’administration : à l’université, les postes étaient réservés aux amis ou à la famille des gens influents.

Sami, Aïcha, Amel, Latifa, Sana, Souir, Smeti, Mouna, Ferid

Ibtihel : il faut lutter contre les extrémismes de tous bords. Et pour cela, savoir reconnaître à Ben Ali des points positifs dans son bilan, liberté de la femme, qualité de l’enseignement… mais ce qui reste inacceptable, c’est la corruption, c’est le vol des biens nationaux.

P.A. : Mouna, tu dénonces l’islamisme et pourtant tu portes le voile…

Mouna : la société tunisienne est très modérée : chacun a l’habitude de faire ce qu’il veut sur le plan religieux. La religion relève d’un choix purement individuel ! Dans notre pays, on a atteint une certaine harmonie sociale entre hommes et femmes. On veut vivre dans une société équilibrée. A cause du foulard, j’ai un jour été mise à la porte du labo où je travaillais. Mais j’ai tenu bon. Le lendemain je suis revenue, j’ai été réintégrée. Je voulais défendre une liberté individuelle fondamentale.

P.A. : aujourd’hui, vos projets ont-ils changé ?

Sana : avant la chute de Ben Ali, je voulais rester ici à la fin de mon séjour d’études, pour travailler en France. Aujourd’hui je souhaite rentrer dans mon pays, pour y trouver ma place : tenter ma chance en Tunisie, ça sera

sans doute plus facile, désormais.

Samir : je n’ai pas confiance en ce gouvernement ! Comme une grande partie des gens d’ailleurs. Si les mêmes personnalités restent au pouvoir, pas de changement à mes yeux, ni d’avenir pour moi dans ce pays…

Amel : dès le début, je voulais revenir au pays. Si les gens qualifiés partent tous, qui va rester ? Tant pis si je suis au chômage. Aujourd’hui plus que jamais, il faut que les compétences soient là. Il faut que les gens de savoir reviennent, les gens de paix, pour discuter, pour bâtir.

Mouna : la Tunisie a besoin de nous, la recherche et les étudiants ont besoin de nous. Rentrer pour moi, c’est un devoir.

Aïcha : je souhaite la paix à mon pays, la paix et le calme. Je veux y respirer la liberté de parler, mais aussi celle de travailler : il faut créer de l’emploi ! Pour ma part, je saisirai ma chance là où elle sera : en Tunisie ou en Europe… Pour récolter les fruits de cette révolution, l’Occident d’ailleurs doit nous aider. Pourquoi les occidentaux ne se positionnent-ils pas plus clairement ?



                       Photo DR
Par Abdelhamid Djekoun,
Recteur de l’Université Mentouri de Constantine

« Construire ensemble »

Mobiliser les compétences, fédérer les moyens pour inventer une Euroméditerranée qui soit avant tout un espace de partage du savoir : ces enjeux du programme Averroès sont aussi les nôtres. Ce programme nous permet de construire ensemble un espace de l’enseignement supérieur et de la recherche où beaucoup d’universités pourront bâtir des projets communs, des codiplômes et des cotutelles de thèses…
Cette synergie offre à chaque université la possibilité de se doter de moyens nouveaux, d’avancer grâce au transfert de bonnes pratiques et au partage des compétences ; c’est aussi pour chacun – qu’on soit étudiant, enseignant, chercheur – un espace de progression à investir.

Il y a des compétences et des moyens dans les universités algériennes, et il faut le faire savoir. C’est important de permettre à nos jeunes élites de vivre une expérience européenne ; mais c’est important aussi de recevoir des européens, qui peuvent trouver à Constantine un complément de qualité à leur formation. De nombreuses thématiques leur sont ici offertes ; citons, parmi d’autres, les domaines de l’aménagement du territoire, de la nutrition, ou encore de la linguistique.
Ces mobilités dans les 2 sens, c’est fondamental car le regard croisé que l’on porte l’un sur l’autre est le gage d’une plus profonde connaissance, d’une compréhension mutuelle qui est vitale. Au-delà de la mobilité universitaire et scientifique, il y a l’échange culturel : les boursiers Averroès qui sont venus à Constantine ont appris à connaître l’Algérie d’aujourd’hui.

Ce sont ces jeunes, que l’on reçoit aujourd’hui grâce aux bourses Averroès, qui vont construire l’espace euroméditerranéen de demain. Au-delà du programme Averroès, restera la possibilité de travailler ensemble, de trouver des solutions pour œuvrer au développement économique et à l’amitié entre les peuples.

Premier centre pour enfants autistes en Algérie

Septembre 2010

C’est le premier centre algérien pour la prise en charge d’enfants autistes : il est en cours de création à Tlemcen (Algérie). Cette grande première, on la doit aux efforts conjugués des universités de Tlemcen et de Montpellier 3. Et aussi aux bourses Averroès…

La création du Centre ressources autisme ? « C’est une avancée très importante, dit Ali Mecherbet, chef du département de psychologie à l’Université de Tlemcen. Ce centre spécialisé prendra en charge les enfants atteints d’autisme ». Créé en partenariat avec le Ministère de la Solidarité nationale, il va faire boule de neige : un autre centre va également voir le jour à Alger. « C’est un grand service rendu à cette catégorie d’enfants très marginalisée, autrefois accueillis dans des centres non spécialisés. Les familles et les associations pourront sortir de l’isolement, et trouver des interlocuteurs compétents à qui parler »
Cette création est le résultat d’une coopération de longue date entre l’Université de Tlemcen et l’Université Paul Valéry Montpellier 3. On la doit aux efforts d’Ali Mecherbet et de René Pry, professeur à Montpellier 3 et directeur de l’U.F.R. des sciences humaines (psychologie, sociologie et ethnologie). Elle n’aurait sans doute pas abouti si vite sans les bourses Averroès…
Janvier 2009 : 5 filles et 1 garçon décident de vivre l’aventure Averroès. Partis de l’Université de Tlemcen où ils suivent le Master « Développement typique et atypique », dont Ali Mecherbet dirige l’équipe pédagogique, ils viennent à Montpellier chercher un complément de formation : l’Université Montpellier 3 les accueille en Master 2 de psychologie.

Ali Mecherbet, René Pry et les psychologues du Centre ressources autisme de Tlemcen

 Juin 2010 : les 6 psychologues fraîchement diplômés sont de retour à Tlemcen, après avoir passé leur soutenance devant un jury mixte composé de membres des deux universités et du Professeur Boutaghane Tahar, professeur de psychologie clinique et Directeur de la formation au Ministère de la solidarité nationale.

Aujourd’hui, ils assurent la formation d’éducateurs venus de tout le pays, et attendent leur embauche, prévue début 2011, au sein du nouveau Centre ressources autisme. Les bâtiments de ce dernier vont naître prochainement du réaménagement d’un centre pour enfants atteints d’insuffisance respiratoire. A terme, le centre comptera entre 10 et 15 salariés, psychologues, éducateurs, orthophonistes et psychiatre.